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mercredi 6 octobre 2010

C

La contre proposition socialiste stupéfie.
Mélomane, j’ai toujours payé la musique que je souhaitais m’approprier. La part croissante des téléchargeurs hors la loi incite à réagir, si possible en contrant ces dérobeurs insouciants ou éhontés. Eh bien non ! La gauche française opte pour entériner la pratique illégale et la faire payer par la collectivité des internautes, y compris par ceux qui ont eu le souci de respecter le droit à rémunération des auteurs.
Quelques ténors de l’opposition vont jusqu’à stigmatiser une « double peine » qu’engendrerait la loi contre le pillage culturel : suspension de la connexion Internet tout en continuant à devoir payer l’abonnement. Ces esprits forts, généreux et compréhensifs avec les voleurs sur toile, sanctionnent de fait ceux qui s’attachent à respecter le droit commun. Avec leur contribution créative je paierais deux fois : une fois pour continuer à me procurer des morceaux qui me plaisent via des sites sûrs, sans me vautrer dans cette jungle du libre service systématisé, et une fois avec la part de mon abonnement à Internet affecté à compenser les pratiques interlopes. Un comble !
Cette évolution s’imposerait, selon l’approche complaisante, afin que le droit d’auteur s’adapte à « l’ère numérique » ! L’alibi de la modernité pour ringardiser la légalité existante, alors qu’il ne s’agit que de se coucher devant une tendance humaine répandue : satisfaire ses envies immédiates, y compris en se torchant avec le contrat social si le risque de se faire choper est quasi nul.
Les mêmes qui réclament la « moralisation » du système capitaliste et la sévérité exemplaire à l’égard des riches profiteurs, trouvent défendables l’abus de la propriété d’autrui, simplement parce qu’à l’unité le préjudice s’avère négligeable et que l’anonymat favorisé par Internet affranchit de toute éthique. Exactement le processus de déresponsabilisation de chacun lorsque le méfait se collectivise, voire se popularise. Que la faute relève de la dérisoire contravention ou du crime le plus abject, le fait de savoir qu’on la partage avec d’autres réduit ses remords, quand cela n’incite pas à la perpétuer.
Le devoir du législateur c’est justement d’atténuer la part crasse de chacun par l’application de règles communes. Va-t-on assouplir le code de la route parce qu’une majorité d’automobilistes s’accordent, plus ou moins fréquemment, de déroger à telle ou telle obligation ? Avec la proposition socialiste, les fameuses autoroutes de l’information dérouleront le tapis rouge avec numérique bénédiction aux chauffards de la toile. Bravo le nouvel humanisme : mieux qu’un cadeau aux pilleurs, une consécration du panurgisme magouilleur. (2009)

Un marché en plein cagnard se tient sur le port au centre-ville de Sanary. Pas frais le poisson, cognante la charcuterie ; le bouquet n’est pas des plus fameux et le charme des jolies chairs bien galbées s’y fait rare. (1999)

L’État identifie une cagnotte de trente milliards et quelques poussières de millions, après les vingt-quatre déjà annoncés en fin d’année dernière. Une santé économique du tonnerre qui a dépassé toutes les prévisions de rentrées fiscales. Affligeant d’entendre les politiques se chamailler sur le bon usage à faire de ce bonus : supprimer la taxe d’habitation, augmenter les minima sociaux, réduire le déficit public, aider le système de retraites, réapprovisionner les hôpitaux en personnel, ouf ouf ! On les sent bavant, essayant d’en récupérer quelques miettes au passage. Personne n’a eu le courage, le culot plutôt, de proposer ce qui arrivera sans aucun doute à une partie de la somme : grossir les fonds secrets, les caisses noires... les marges de manœuvres occultes de l’État en somme. (2000)

Parallèle amusant avec la fiction Thérapie de Lodge : la manière de faire certains de mes points sur les « i » ou mes accents, lorsqu’un « r » suit le « è », est la même que celle de Maureen, le premier amour du « héros » : « (...) ses « i » surmontés d’un petit cercle. Je pense finalement qu’elle avait pris cette idée sur les publicités des stylos Biro. » (2000)

J’ai appris par Sandre, qui tenait le cancan d’un voisin, qu’une réputation de cocufieur courrait sur mon compte au Domaine, depuis la semaine où l’on m’avait vu avec Flo et sa sœur au bord de l’eau. Quelle réjouissance que d’offusquer les médiocres autochtones. Sandre, très justement, a répondu au gentil voisin (lui-même en situation de rupture) que j’avais tout à fait le droit de sortir avec qui je souhaitais, notre séparation étant décidée depuis plusieurs mois.
Ce qui rend les colporteurs de ces dépréciations dignes d’une série de claques, c’est la motivation de leur jugement. Si j’avais forniqué la Flo au beau milieu de tous ces braves culs-pincés, si même j’avais simplement embrassé la demoiselle au vu de tout un chacun, j’aurais pu admettre qu’on me considérât comme un sagouin coquin ; mais rien dans mon comportement, ni dans celui de Flo, ne pouvait laisser supposer un rapport autre qu’amical. Je n’allais pas avoir l’inélégance envers Sandre de m’afficher charnellement avec une habitante du Domaine. L’affaire repose donc uniquement sur des jalousies calomniatrices. (1999)

Toujours une jubilation de suivre son émission quotidienne. Les habitués du plateau se laissent porter par sa capacité à pointer là où ça gratouille le problème, à synthétiser en une expression tranchante ou imagée l’intervention de l’expert. Sa curiosité universelle rend toujours de bon aloi ses implications interrogatives. (2010)
Voir aussi : Al-Qaida ; Cassandre ; C dans l’air ; Chanal (Pierre) ; Économiste sophiste ; Gang des barbares ; Hyperprésidence ; Interview présidentielle.

A l’enterrement de Gide, et notamment lors de la vue du corps, Léautaud ne peut retenir ses larmes : sincère chagrin pour la disparition de son confrère d’écriture ou conscience accentuée du temps qui passe et de sa fin prochaine ? Le temps des moissons de la Camarde dans nos contrées affectives doit être particulièrement angoissant lorsque notre moment d’être fauché s’approche. Je pressens ce que seront ces années canoniques, si j’y parviens : les remontées nostalgiques, les regrets de l’irréalisé, le sentiment de ne pas avoir embrassé à plein chaque seconde et, peut-être, la sérénité de s’inscrire dans une histoire collective, au-delà de soi. (2002)
Voir aussi : Barry White ; Furiani (Stade de) ; Grand-Mère (Ma).

Ne pas tenter l’excuse tortillante qui légitimerait l’atroce. Aucun motif, aucune argumentation ne doit tenir face à ce qui se prépare encore dans l’ombre pour que, lorsqu’on y pensera le moins, une terreur encore plus magistrale nous prenne à la gorge. On ne raisonne pas avec des nihilistes sanguinaires prêts aux déchaînements chimiques, bactériologiques et peut-être même nucléaires. A ce jeu là, il sera trop tard pour échapper au massacre. Choisir la première puissance mondiale, c’est privilégier le camp de la civilisation même si, là comme ailleurs, les cadavres d’innocents abondent. Les perspectives offertes par l’hyperpuissance semblent infiniment plus vivables, parce que justement critiquables en son sein, que celles aboyées par les islamistes al-qaidiens. (2003)

Week-end dans les terres à la recherche de mortes brindilles et branchettes arrachées à leur attache par des tempêtes tournoyantes. Croyez la bête vigoureuse que je suis : ça vous dérouille les entournures sans pareille. L’air frais de cette campagne nettoie les conduits respiratoires ; les menottes trifouillent la bonne terre grasse de nos contrées, juste pour donner bonne mine aux ongles tristounets ; le museau frétille du bout, pour mieux s’imprégner des sauvageonnes faune et flore du parc. Tableau agreste, je l’accorde, mais ô combien revigorant pour l’âme déschématisée. (1994)

La tentative d'ébullition des débats politiques en vue de l'élection présidentielle n'a pas dépassé le microcosme concerné. Les branle-bas de combat ne suscitent pas plus qu'un pas de charentaise. Un sujet plus vivifiant, tout de même, perce un bout de la pellicule figée. Balladur et Chirac nous concoctent un classique du théâtre de boulevard, ce qui colore leur prétendu sacerdoce pour la France d'un plus éclatant artifice. Combien le Grand de Gaulle aurait corrigé les responsables de ces enfantillages !
A gauche, les prétendants au trône élyséen n’inspirent rien de salvateur : Jack Lang en proie à des parcelles de lucidité sur ses capacités de meneur légitime ; Henri Emmanuelli et ses courbes faciales qui le rapprochent irrésistiblement du patibulaire ; Lionel Jospin à l'antipode du précédent, mais qui semble trop transparent pour résister à l'épreuve suprême ; Robert Hue du PCF, idéal en maousse nain de jardin, inimaginable en Chef de l'État. Esquisses faciles de quelques gourmands du pouvoir, peut-être. Mais à écouter leur rabâchage sur les réformes à accomplir, les desseins à projeter, les priorités à traiter, je les soupçonne d'une plus insidieuse facilité : celle de la démagogie ronflante qui berce le bon pôple intelligent, éclairé et travailleur insistent-ils ; ben voyons...
Impuissant face à ce système, même en usant d'une violence isolée et suicidaire, je laisse ces quelques incisions pamphlétaires sur les trompeurs de la Marianne à la raie publique. (Janvier 1995)

Terne, terne l’arrière-cour présidentielle. Avant-hier Chirac : sans panache, rivé sur ses généralités pontifiantes, agacé par la moindre rugosité journalistique. Hier Jospin : technicien rébarbatif, incapable d’alléger par un peu d’humanité joyeuse ses empesées démonstrations, ignorant toute digression comme son nouvel état filial : grand-père – peut-être une exclusivité accordée à Paris-Match. Derrière, la flopée des petits candidats s’offusquent de ne pas bénéficier des mêmes plages médiatiques.
Un premier tour au beau milieu des vacances scolaires, comme une tentation supplémentaire pour le citoyen d’éviter le déplacement électoral face au congé des idées. Les seuls moments d’émotion de cette campagne auront été les deux faits divers identifiables par leur lieu de déroulement, selon le procédé de la métonymie viticole : Evreux (un père battu à mort alors qu’il venait défendre son fils racketté) et Nanterre (carton d’un détraqué sur le conseil municipal). (2002)

Les quinze jours de campagne anti Le Pen se sont achevés. Dimanche, Chirac devait se voir confier un nouveau mandat pour le premier quinquennat de la Ve. Curieuse atmosphère d’un consensus horrifié par ce challenger gagnant pour le second tour. Certes, un Le Pen à l’Elysée mettrait la France au ban de l’Europe, voire du monde, mais sa fonction d’aiguillon de la vie politique a son utilité. La cohabitation a démontré qu’elle était viable sur le plan institutionnel, mais dangereuse politiquement : les extrêmes trouvent alors toute leur légitimité pour contraster avec l’indifférencié à la tête des pouvoirs exécutif et législatif.
Quant aux manifestations anti Le Pen, elles me semblent une contestation du système démocratique lorsqu’il ne répond pas au sens attendu par certaines populations. La haine ne vient pas que d’un côté. (2002)

L’avant-goût de la campagne aura davantage révélé les deux mastodontes en route pour le second tour. La hantise du faux-pas médiatique pour le premier, l’obsession du meilleur rendu public pour la seconde, chacun, avec sa flopée de conseillers, tente le dosage idéal entre le mordant nécessaire pour épingler l’autre et la sérénité rassurante d’une carrure présidentielle. (Décembre 2006)

Cette campagne électorale laisse planer une curieuse atmosphère. Les ratés de Ségolène Royal en bisbille avec la maison mère rue de Solférino et les pontes déchus lors des primaires ; l’emballement dispendieux de Nicolas Sarkozy rappelé au réalisme budgétaire par quelques membres de son équipe ; la tentative bayrounienne de s’imposer comme la seule alternance crédible avec sa tonalité révolutionnaire centriste ; l’enjolivement du discours lepéniste pour atteindre la respectabilité politique ; l’agitation parsemée des partis à la gauche du ps qui démontrent, une fois de plus, leur incapacité à se rassembler pour peser : ce jeu d’ombres et de lumières fascine, inquiète, rassure, tour à tour. (Février 2007)

Les cocos, les révolutionnaires de l’extrême gauche, les populistes de l’extrême droite, les souverainistes d’arrière garde et les pontes socialo en quête d’un tremplin pour leur carrière politique peaufinent leur micmac en orbite du Non salvateur.
Moyen facile : le chiffon rouge de l’amalgame. La Turquie menace d’entrer ? Elle s’imposera grâce au traité ! La directive Bolkestein choque ? Elle reviendra poussée par la tonalité libérale de la constitution ! Tout ce qui se fait de contestable sous l’empire du Traité de Nice, c’est la faute au traité constitutionnel proposé ! Le procédé fonctionne au regard des sondages.
Une constitution fixe un cadre, elle ne contient pas la politique qui s’inscrira dans ces règles. Comment une alternance politique aurait-elle pu être possible sous la Ve sinon ? Les fadaises abusives captent la grogne des insatisfaits, mais comment s’accorderont-ils sur un nouveau projet et comment convaincront-ils les vingt-quatre autres membres ? (Avril 2005)

Chacun cultive sa chapelle argumentative contre le texte proposé en feignant de ne pas entendre les raisons du voisin infréquentable, lequel contribue pourtant à grossir la troupe des contempteurs disparates. Stratégie politique du néant de cette flopée d’autruches ensablées par leur rengaine idéologique respective. (Avril 2005)

Rien à faire, je ne trouve aucun attrait aux arguments des Non. Le summum du grotesque revient à Bassine Le Pen qui tiendrait un rôle plus en phase au rayon charcuterie d’une surface assez étendue pour l’accueillir. Comment un père comme Le Pen, dont on ne peut contester la vivacité intellectuelle, peut-il cautionner cette relève creuse, au timbre de voix irritant, à l’inanité argumentative ? Piètre représentation de l’extrême droite annonciatrice peut-être d’un déclin par absence de leader potable. Vers la gauche, la Buffet donnait l’impression d’une antienne mal maîtrisée, d’un leitmotiv oublieux des interpellations d’en face. Les communistes ayant tout refusé de la construction européenne depuis 1957, quelle crédibilité peut avoir leur Non ? Ce n’est qu’une posture idéologique sans une once de construction viable sur les ruines de ce qu’ils auront contribué à exploser, bien contents de reprendre un peu de vigueur… en trompe l’œil. Les prochaines élections les rabougriront à nouveau à leur portion réelle.
A cette triste bande de démolisseurs, rajoutons l’escroc de Villiers qui, lors du débat sur France 2, a ressorti son chiffon rouge pour angoisser davantage, et abusivement, les Français. Parce qu’il a vu cité le nom de la Turquie dans l’acte final, cela équivaudrait à une entrée automatique de ce grand pays en cas d’adoption du traité. Pitre malhonnête que Cohn Bendit ne se gênera pas d’apostropher. Aussi couillon que de prétendre que la signature des témoins, dans un acte de mariage, les lierait au couple dans un impensable quatuor matrimonial. Avec ce genre d’argument, comme celui d’Emmanuelli mettant en garde les Françaises sur une remise en cause du droit à l’avortement par ce traité décidément infâme, la clique du Non révèle sa démarche fallacieuse, opportuniste et criminelle pour la construction européenne. Et le pire, c’est qu’une majorité d’électeurs risque d’aller dans leur sens. Dès le 30, nous verrons cette victoire du vide avec chaque partisan du Non ramener la couverture du scrutin à lui. Aucune position commune pour cette association malfaisante, hormis celle du piétinement de ce subtil compromis institutionnel. Qu’ils aillent au diable ! (28 mai 2005)

Depuis le rejet du projet de traité constitutionnel, l’immaturité du proclamé « camp du Non » se confirme : aucune union constructive n’a été accouchée de leur victoire en fanfare, aucun interlocuteur crédible n’a pu porter leurs protestations scandées comme une première marche fondatrice d’une nouvelle Europe : rien, nada, nib ! Reste une bande de falots drilles incapables de s’accorder sur une personnalité unitaire aux élections présidentielles, condition minimale pour peser, un tant soit peu, aux législatives. (2007)

Chaîne de plus en plus au service du Pote système : anathèmes prémâchés envers les uns, complaisance systématique envers les autres, copinage intrinsèque. (1996)
Voir aussi : Ardisson (Thierry) ; Tauromachie ; Traders à étriper ; Zéro (Karl).

Après-midi au bord du lac de la Tête d’Or, dans un coin ombragé. Sur une branche au ras de l’eau d’un arbre couché, le cou d’un canard avec, d’un côté, un corps flottant et bougeant au gré des vibrations de l’eau et, de l’autre, une tête invisible car plongée sous la surface. Un canard mort, donc. Quelques personnes passent, sporadiquement, au bord de l’eau. Pour celles qui aperçoivent le corps du volatile, des réactions diverses et peut-être révélatrices d’un état d’esprit du moment, voire d’un trait profond de caractère : le gamin qui jette quelques pierres pour vérifier l’état de l’animal, la femme qui affirme à son mari qu’il est en train de boire, puis se retourne avec un terrible doute, la mère qui comprend très vite l’état cadavérique du canard et détourne l’attention de ses bambins vers les vivants… Une galerie de portraits qui vaut toutes les analyses psychologiques. (2003)

Je sue à grosses gouttes dans mon Purgatoire parisien : les contrées infernales me guetteraient-elles ? (Juillet 1994)

L’étouffoir lyonnais oppresse. Ce soir de pleine lune contraint à suer au plus petit geste. (Juin 2003)

De retour à Lyon, pour une pause de deux jours. Vers 15 heures, au thermomètre digital avec capteur à l’ombre sur ma fenêtre : 44°6 dehors, 34° dans l’appartement aux stores baissés. (Août 2003)

La chaleur de ce soir, et depuis trop longtemps, liquéfie de l’intérieur, fait dégouliner et ramollit à l’extrême. (Août 2003)

Le tout-capitalisme apparaît aussi absurde que le tout-communisme. Reste à savoir si nous serons la génération actrice et victime d’un nouveau cycle de bain de sang...
Il ne fera alors pas bon être un politique, un technocrate, un juge, un journaliste ou un fonctionnaire. (1997)

Ce n’est pas le système qui présente des vices, mais les vices humains qui dénaturent le système. (2007)

On y participe activement, on voudrait y réussir, y posséder comme l’autre, mais on le vomit, on l’exècre, on se repaît de simplistes anathèmes. Kerviel, subprimes, Madoff : la tragédie médiatique en trois actes recouvre des dérives face à une légalité. Changer de règles n’évitera certainement pas les cupidités prêtes à tout. A chaque fois, un cadre réglementaire est dévoyé pour profiter aux plus malins. Alors on peut doubler, tripler les sécurités… le naturel de quelques rapaces sans éthique trouvera la faille. Une évidence… et pourtant, les airs dénonciateurs portent sur le cadre et non le comportemental. Plus facile de mordre le doigt qui montre la planète satellite que de dynamiter la lune… (2008)


Alors que le film Banlieue 13 Ultimatum n’est pas programmé par le diffuseur UGC dans certains complexes aux abords de cités, les haines encapuchonnées se révèlent au détour d’une séance… pédagogique.
Mon activité me met parfois au contact de jeunes en rupture sociale et dont l’approche du monde est conditionnée par quelques exécrations non négociables. Ainsi, le cas d’Omar Al-Bachir, l’autocrate-président du Soudan, accusé par la Cour pénale internationale de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité : là où chaque citoyen lambda se réjouirait qu’un sanguinaire en exercice soit poursuivi pour la tragédie du Darfour qu’il a provoquée et entretenue, les en-capuche n’y voient qu’un infâme acharnement contre le dirigeant musulman d’un pays pauvre. Ils ne tardent pas, produisant ainsi une tambouille idéologique hétéroclite, à le rapprocher du feu et tellement humaniste Saddam Hussein qu’ils arborent tel un martyr de l’abjecte Amérique et de l’Europe inféodée.
Début 1991, commentant le succès de l’opération Tempête du désert menée par l’administration Bush père, j’écrivais ceci : « Ne doutons pas que l'histoire manichéenne made in Occident lui fera une place d'honneur parmi ses démons. Le monde arabe, lui, portera longtemps Saddam dans son cœur, et il restera une figure essentielle alors que plus un américain moyen ne saura mettre une fonction sur le patronyme Bush. » Si je me suis totalement fourvoyé sur la résonance à venir du nom que le fils a contribué à inscrire pour longtemps dans les pages sombres de l’histoire universelle, l’incroyable popularité du sunnite irakien se confirme dans la tête sous capuche de jeunes qui n’étaient parfois même pas nés lorsque son armée s’est faite sortir du Koweït.
Tant que le monde occidental fera de la CPI son suppôt, empêchant à l’embryonnaire justice pénale internationale l’initiative de stigmatiser les dérives sanglantes de pays riches aux traités protecteurs, nos laissés-pour-compte à capuche s’en tiendront au simplisme dérangeant : de Bush à Israël, la crispation de leur rejet ne souffre d’aucun argument, d’aucune amorce d’éclairage historique.
Le racisme virulent et l’antisémitisme expectoré qui s’amplifient dans les périphéries à l’abandon ? On n’en parle surtout pas : comme si cette indignité rampante de notre République prétendument intégrative devait être minorée pour ne pas provoquer l’embrasement général. Hypocrisie à tous les étages : on laisse enfler les haines en espérant qu’elles ne submergent pas le contrat social de plus en plus ravalé à une missive d’intentions.
La crise économique dissimule la rupture réelle d’une part croissante de la population qui a perdu l’affectio nationis et s’en remet aux litanies d’intégristes, aux sermons incitant à mettre au-dessus de tout son clan, son quartier, sa communauté. Faites vos jeux… rien ne va plus ! (2009)

Le rapport amical avec Sandre s’est un peu distendu, certainement parce qu’elle vit une accroche affectivo-sexuelle. Ma psychologie est parfois curieuse : sujet à la démoralisation envieuse lorsque je la sens jouir, ou tout au moins exulter à l’évocation de bons moments vécus avec cet alter ego transitoire ; l’impression que le passé partagé se dégonfle piètrement face à l’enthousiasme affiché. Au contraire, ma nature se ragaillardit lorsque je la sais en détresse et susceptible d’avoir besoin de mon soutien affectueux. Un caractère de merde, pour résumer. Un contact moins fréquent sera salutaire pour nous deux. (1999)

Les contacts amicaux et familiaux ont aisément remplacé mes accroches affectives antérieures. Quelle distance cosmologique avec ma raideur d’antan face à tout ce qui pouvait atteindre mon adhésion forcenée à un univers aujourd’hui mis à distance. Aucun regret de ce passage formateur, mais un sentiment, avec le recul, d’avoir rendu léthargiques certaines de mes capacités critiques. A trop protéger une zone, cela confinait à la caricature existentielle. Tout reposait sur la légitimité clamée, rien ne pouvant contrecarrer le dit, le pensé, le vécu. Un dogmatisme aux oripeaux de l’anticonformisme admiré. (2003)

Son œuvre se résume à quelques dizaines de cadavres et à plusieurs centaines d'écharpés, d'amputés et d'infirmes à vie. Il va enfin connaître la Cour d'assises et son jury populaire, à défaut de peloton d'exécution sommaire. Épais bonhomme que l'on imagine mal en dentelles, d'un charisme probable, peu enclin à ce qu'on lui grignote des poux sur le crâne, il fascine des chroniqueurs et semble exciter quelques chroniqueuses.
Friandise de l'anecdote : les agents de la DST française lui seraient tombés sur le paletot, alors qu'anesthésié il allait se faire liposucer un peu de gras double, bouée intégrée qui le rapproche du bibendum. Enfant, Carlos se faisait traiter de petit gros ; il avait juré de prendre sa revanche sur ce monde. Le big lard aura été rattrapé par son bide. (1994)

Rien, dans les perspectives proposées, n'encourage à la sérénité. La civilisation s'use par la trop lente évolution de l’être humain. Le conditionnement du carpe diem, plaisir immédiat dans la superficialité, s'enracine sans mal dans le ciboulot des peaux fraîches, sans espoir d'irrigation de sang neuf. Même les carnages humains ne suffisent pas à faire naître de puissants fondements. Une agitation cadavérique, voilà ce qu'il reste du bon sauvage : une intelligence à l'émoi éphémère qui flashe au gré des évacuations de Big Média. L'inconscience alliée au ludisme effréné est porteuse d'une déliquescence irréversible des êtres et des systèmes.
Amusez-vous, braves gens, tant que la barbarie n'a pas éclaboussé votre seuil ! (1994)

Notre insouciance focalisée sur le jouissif immédiat, le confort de l’instant, nous coûtera très cher, peut-être même jusqu’à la survie de notre espèce. Dans ce domaine, l’entêtement américain à ne rien changer, voire à amplifier des pratiques perturbatrices du climat, joue le rôle d’un messianisme morbide. Plus largement, le penchant naturel de chacun n’a que faire du long terme qui le dépasse : une religion pour se rassurer, des objets pour s’entourer, du ludique pour se distraire et au diable le dépassement de soi, l’abnégation morale, la vraie prise en compte d’autrui. Je m’inclus évidemment dans ce mécanisme psychologique bien trop humain pour s’en croire préservé. (2004)
Voir aussi : Grand-Mère (Ma).

Visite instructive de la tour d’Oudon. Les horreurs de la Terreur se cristallisent sur la virée de Galerne et les noyades massives : Carrier, le petit Hitler auvergnat parachuté gouverneur de Nantes, incarne ce qu’il y a de pire dans une idéologie. (2002)

Chez Calvi, le ton de certains habitués, l’économiste Cohen et le directeur de l’Express Barbier, frise avec l’alarmisme et le catastrophisme sans fard. Le premier s’emporte sur des confusions de sens et considère que la force majeure doit diriger la conduite politique, quitte à s’asseoir sur les engagements budgétaires ; le second pose l’hypothèse d’une dégradation accentuée de l’économie qui aboutisse à une déflagration sociale… une révolution incontrôlable. (2008)

Les casseurs s'adonnent à une frileuse guérilla urbaine, se cantonnant à quelques jets de pierres, flambées d'autos, bastons improvisées, sans vraie constitution d'une force de frappe organisée. En face, le gueulard Pasqua tente d'effaroucher les branleurs, alors que de plus expéditives sanctions suffiraient. Une politique de la terre brûlée mettrait un terme définitif aux saccages des haineux en mal de sensation. (1994)

Les guérilleros urbains n'ont eu aucune pitié avec les commerçants, détruisant, saccageant, pillant à tout va. S'ils avaient pu posséder des armes, ils n'auraient pas hésité à s'offrir quelques cadavres. Quand quelqu'un a passé toute son existence, au prix d'une trime quotidienne, faite d'abnégation et de courage, à construire quelque chose qui est réduit en poussières en cinq minutes par des voyous sans foi ni loi, il a le droit de mettre un terme à leurs exactions.
La sécurité intérieure est actuellement incarnée par le maître de l’esbroufe Pasqua qui laisse ses troupes, sans ordre de réplique, assister aux destructions. L'État n'assure plus son devoir de protéger ses ouailles agressées. (1994)

Facile de vandaliser, accrochés comme des restes filandreux aux fins de défilés, lorsque les forces de l'ordre ont la consigne de faire tampon, en limitant la répression au strict minimum. Il suffirait d'envoyer quelques commandos dirigés par des hommes de la trempe d'un Bob Denard, soutenus par quelques tanks, pour voir les cagoulés filer en diarrhée foireuse. Que renversent-ils comme voitures ? Des petites cylindrés de pauvres gens sans moyens. Que détruisent-ils ? Le matériel payé par chacun d'entre-nous, les locaux d’étudiants désespérés par leurs conditions de travail. Ils ne se risqueraient pas à l'assassinat de grands pontes politiques ou économiques et encore moins au coup d'État. Non, ils prennent leur pied à détruire des trains de banlieues... curieux non ? (1995)

Les lycéens s’amusent à la grève, et les casseurs en herbe de la banlieue parisienne en profitent. Laxiste façon pour le ministère de l’Intérieur d’appréhender et de maîtriser des menaces claironnées par tous les médias. Si Chevènement semble n’avoir subi aucune séquelle de son coma, son ministère présente d’évidentes faiblesses réactives. (1998)

Alliés du pouvoir qui désagrègent en un temps record une manifestation déterminée mais pacifique. Capitalistes frustrés qui compensent leur incapacité à suivre le circuit légal de l’échange par la captation brutale de biens. Ils sont atteints d’un toc fâcheux : détruire tout ce qui est en parfait état. (2010)

Encore épinglé par le rapport annuel de HRN (Human Rights Watch) le régime castriste, et ce sans aucune ambiguïté. Aucune liberté d’expression, pas de vie privée, une capacité réduite de circulation, etc. Et dire que mon article Le castrateur de Cuba avait suscité la révolte de quelques fanas du leader Maximo… douillettement installés en France. Pitoyable ! (2008)
Voir aussi : Humanité (L’) ; LKP ; Nature déchaînée.

En Europe de l’Est, empoisonnement de fleuves et de rivières par d’énormes quantités de cyanure (provenant de mines roumaines). Toute la chaîne alimentaire risque d’être mortellement touchée. Après Tchernobyl, nouvelle folie humaine... (2000)

Joli coin d’angles aigus et de lacets étroits : atteindre sa destination requiert la plus constante attention. Un regard sur les restes d’une grandiose forteresse érigée sur un sommet rocheux, la rupture avec l’autorité royale imprègne encore ces épaisses bâtisses seigneuriales. Ce Moyen-âge rugueux où quelques-uns se fixaient comme ligne d’honneur la victoire ou la mort, se fait encore un peu voir ici. Tragique horizon de vie pour notre temps et nos latitudes, normalité pour des groupes qui se revendiquent religieux et que nous percevons comme intégristes. (2009)

Une ancienne carrière dotée d’une salle immense, aux arêtes multiples, aux pans gigantesques, est aujourd’hui dédiée aux hommages visuels. Pour cette année, les peintres Bosch et Bruegel se partagent les attentions des metteurs en scène de ce lieu insolite. Projection grossissante de leurs œuvres torturées dans une gradation sur la destinée humaine, soulignée par un son en phase avec les prolongements cathédralesques. A chacun de se positionner dans l’espace offert, de diversifier les points de vue, de se mouvoir au rythme des tableaux successifs, de s’arrêter devant l’antre inspirateur où l’image semble ne plus finir. L’art se laisse ainsi découvrir hors des postures conventionnelles. (2003)

Documentaire sans complaisance d’Hubert Sauper qui nous révèle l’Afrique telle qu’elle est et meurt aujourd’hui. L’incisive démonstration des images, l’authenticité des autochtones, les contrastes de situations vous prennent à la gorge rendant presque honteux d’appartenir au même coin géographique que les exploiteurs des lieux.
Des images en vrac me reviennent : ces enfants des rues se battant comme une meute affamée autour d’une écuelle de riz ; cette femme mettant à sécher les restes de perches – têtes et arêtes – en repoussant les vers qui ont investi les plus anciens jonchant le sol ; ce gardien de l’Institut national des pêcheries qui espère la guerre en Tanzanie et son engagement à tuer pour régler ses problèmes de survie ; cette Héloïse, prostituée aux yeux de chat, qui chantonne en douceur devant la caméra, victime quelques semaines plus tard du défoulement meurtrier d’un barbare australien ; cette femme morte-vivante, atteinte par le Sida et qui parvient, dans un souffle de voix désespéré, à révéler qu’elle ne peut plus se nourrir… Galerie poignante de ces sacrifiés pour l’opulence préservée des potentats du régime, des quelques gros bonnets de pays riches (l’Europe en tête) impliqués dans le pillage légalisé.
La perche du lac Victoria comme parangon d’une ignoble manière d’exploiter l’Afrique en lieu et place du peuple africain.
Ne nous leurrons pas de naïveté, toutefois : si notre continent avait été le point faible à dépouiller, les autres coins du monde se précipiteraient comme autant de charognards gourmands. Le vice du système tient à une humanité indigne qui ne respecte que la loi du plus fort sous d’hypocrites révérences aux principes humanistes affichés. (2006)

Hommage sobre mais affectif d’Yves Calvi, à la fin de son émission, à Jacques Marseille décédé d’un cancer. Première figure familière de C dans l’air qui disparaît ainsi. L’économiste aux démonstrations chiffrées et passionnées était encore apparu sur le plateau de Calvi sans que rien ne laisse transparaître son état dégradé.
Je me sens bien plus proche de ces personnalités de débat, les Antoine Sfeir, Christophe Barbier, Roland Jacquard, Roland Cayrol, Dominique Reynié, Elie Cohen, etc. que des stars consensuelles à la Johnny. Une indifférence prononcée à ces aires de paillettes sans envergure. (2010)
Voir aussi : Al-Qaida ; Gicquel (Jean) ; Kahn (Jean-François) ; Reynié (Dominique) ; Télévision.

Petit tour au lac du Salagou (lieu fréquent d’amusements dans mon enfance) au sein des terres rouges (rouilles plus exactement) et découverte insolite du village ruiné de Celles. L’explication m’est donnée par un monsieur averti : à la fin des années soixante, lors de la construction du barrage qui donna naissance au lac, des ingénieurs futés déclarèrent la commune vouée à l’engloutissement sous les eaux. Finalement, après avoir demandé qu’on débute la démolition des habitations, le beau monde diplômé révisa ses prévisions : la localité subsistera... vidée de ses habitants et avec un nombre dérisoire de toits intacts. Depuis, une route s’y interrompt pour les badauds. (2000)

Cette ville nouvelle, prototype sans âme du dortoir aux relents de ghetto pour maghrébins et noirs, m’est remontée à l’arrière gorge en déambulant dans son artère principale en décrépitude. Pourtant, rien de hideux pour l’architecture, et même un quartier qui tend à la grandiose esthétique, mais un peuplement monolithique dont les saillances se résument aux quelques terreurs locales. Le gros du reste vivote dans cette ville fantoche, alternant entre peur diffuse et apathie salvatrice. Je m’explique mieux, par cette brève replongée, mon total retrait de toute vie extérieure en dehors du lycée. Un aller-retour entre l’établissement scolaire et l’appartement HLM de l’avenue Mondétour suffisait à alimenter ma nausée existentielle. Extrême détachement de ce monde, refuge dans l’écriture ésotérique et misanthropie galopante. (2005)
Voir aussi : Créature féminine ; Foutez-lui la paix !

Fascinante constitution : le cortex présente un million de colonnes de neurones, sorte de mystérieuses toiles où les connexions se démultiplient. La fameuse matière blanche donne ainsi vie aux quelque dix milliards de neurones. Les dernières recherches ont démonté l’idée reçue d’une inexorable perte de neurones à partir de l’âge adulte. L’important tient avant tout à la qualité des liens intra et inter colonnes : de là peuvent surgir les fulgurances qui permettent à quelques rares êtres de changer la face de la civilisation humaine.
A côté, nos ordinateurs font encore pâle figure. (2008)

Esprit lumineux de synthèse et magistral vulgarisateur. Son Bergson, paru en 1947 aux Editions Mellottée, est une gourmandise pour l'esprit. Avec son talent, il nous eut fait du petit lait de L'Etre et le Néant de l'« agité du bocal ». J'ai hâte de pouvoir parcourir son Nietzsche. Si un auteur doit être exhumé et diffusé largement, c'est Challaye.
A la lecture de ces lignes au style délié, coulant comme une source de jouvence, je m'interroge sur ma capacité à m'extraire de l'écriture polémique, aux dérapages pamphlétaires fréquents, pour m'adonner à la profondeur des choses de l'esprit, à la réflexion sur les grands problèmes de ce temps, avec la mesure et l'humilité qui conviennent à ce genre d'exercice. Pouvoir, sur des pages et des pages, décortiquer un système complexe et faire évoluer un chouïa sa compréhension. (1994)
Voir aussi : Questions existentielles.

Effrayante personnalité du disparu de Mourmelon, comme le titrait l’émission d’Yves Calvi juste après son suicide « professionnellement » accompli : un enfermement, une fuite du relationnel et la part d’ombre qui a coûté la vie à de jeunes hommes ayant croisé son chemin et son regard vide d’humanité. L’Armée ayant refusé des années durant d’admettre la présence d’un homosexuel criminel en son sein, la justice et les services d’enquête ayant tutoyé l’incompétence, l’affaire s’achève selon la détermination de celui qui restera, légalement, présumé innocent. (2003)

Entrevue le 9 février avec l'écrivain Madeleine Chapsal qui m'a très aimablement reçu chez elle, à Paris. Elle accepte de préfacer la réédition de l'ouvrage rebaptisé Eymoutiers pendant la Révolution écrit par Léon Jouhaud. Elle me fait don de plusieurs de ses livres. Parmi eux, Envoyez la petite musique... qui rassemble ses interviews des plus grands écrivains de ce siècle comme Céline, Sartre, Montherlant, Prévert, Breton, etc... Femme d'une soixantaine d'années, première épouse de J.-J. Servan-Schreiber, à l'Express pendant vingt ans, membre du jury qui décerne le prix Femina, elle semble sympathiser avec moi. Agréable moment de découverte en tout cas. (1995)

Nous rejoignons Eymoutiers et la propriété de Madeleine, dite Château de la Sauterie. Dans la voiture, elle me montre la colline abondamment boisée et toutes les terres alentour qui lui appartiennent. Nous tournons dans une espèce d'allée cavalière bordée d'arbres qui forment un dôme parfait. Les chiens Léon et Lola courent à notre rencontre et nous fêtent dans la Volvo.
La grosse demeure est de type féodal, en pierres de taille avec une tour ronde accolée. Magnifique endroit : la bâtisse surplombe un parc entretenu avec goût et des bois abondants. Un lieu de ressourcement par excellence. L'intérieur est rustique et cossu. La chambre d'amis est d'une autre époque, le bois règne en maître avec tableaux, objets précieux et vieux ouvrages. La salle de bain est immense. Je suis reçu comme un prince.
Le soir, dans le grand lit de bois, je feuillette quelques bouquins anciens, notamment une Encyclopédie pratique des connaissances utiles ainsi qu'un ouvrage sur les SARL et leur régime d'après la loi du 7 mars 1925 écrite par le grand-père de Madeleine, Fernand Chapsal, ministre puis sénateur, entre autres fonctions.
Le vendredi, avant notre départ pour Saintes, Madeleine me fait découvrir le nouveau musée consacré au peintre Ribeyrolles, encore vivant. Je découvre des toiles gigantesques où la noirceur de la vision fait parfois frémir. (Juillet 1995)

Deux coïncidences curieuses, voire troublantes.
Tout d'abord, invité chez un couple de musiciens (le mari est l'un des principaux compositeurs de Serge Lama) j’écoute leur travail de mise en musique des poésies de Chapsal. Raccompagné le soir, j'apprends à Madeleine l'adresse de mon pied-à-terre parisien : square de Châtillon, petite impasse tout juste visible sur un plan. Dans son dernier roman, Une soudaine solitude, l'héroïne est inspirée d'une de ses amies qui est morte au 15 de ce même Square.
Second élément. Mes démarches pour m'inscrire en maîtrise à l'université Paris IV aboutissent, suite à une erreur d'expédition de mon courrier de motivation, à une rencontre avec le directeur de l'UFR de lettres de Paris III, Sorbonne nouvelle, un certain Marc Dambre. J'apprends, à cette occasion, qu'il est le spécialiste de Roger Nimier.
Je rapporte à Madeleine mes futures activités estudiantines et la passion très probable de mon directeur de mémoire pour le hussard. Court silence et elle me confie : « Vous savez que j'ai été la petite amie de Roger Nimier, je possède une correspondance amoureuse avec lui ». Marc Dambre n'en savait rien. Je lui apporterai la copie d'un de ses courriers. (Octobre 1995)
Voir aussi : Mitterrand (François) dit Fanfan Mité.

En cherchant sur Internet des photos pour illustrer l’année 1991 de mon Journal à œillères, je tombe sur un site commercial qui lui est consacré. Les propriétaires l’ont converti en résidence hôtelière de luxe avec piscines. Je retrouve les vues du château et du parc presque à l’image de l’univers de mon enfance préadolescente. Quel vertige de songer au temps écoulé depuis la dernière fois où j’ai dormi dans la chambre principale de l’aile gauche. Quinze années pour retrouver une demeure et un parc privés de la féerie que nous lui avions insufflée. Plus rien de nos jeux, de nos tâches quotidiennes, de nos promenades… Cette ribambelle d’instants exaltés a perdu son ancrage monumental pour ne plus s’accrocher qu’à quelque mémoire fragile. (2006)
Voir aussi : Bashung (Alain).

Après-midi de visites : château de Boussay, entouré d’eau avec deux chérubins de la demeure jouant sur une barque ; château de Rouvray, près de Chambon, et son vieil occupant comme guide, archétype de l’aristocrate désargenté, négligé sous les ongles, avec son costume vert en grosse côte, qui nous dévoile laborieusement les atours de son domaine dégradé ; forteresse de La Guerche, enfin, beaucoup plus professionnelle dans son accueil, avec sa jeune guide passionnée. (2005)

Che Coupat au pays vermeil
Les réponses écrites de Julien Coupat aux questions du Monde ont le mérite de le fixer comme un ennemi absolu du système politique en place, et même au-delà.
Victime de la violence policière, il narre son arrestation en détournant le vocabulaire qui sert à désigner les délinquants (« effraction », « Ils nous ont séquestrés », « mes ravisseurs courent toujours ») pour dépeindre le comportement des cow-boys de la République. Procédé classique pour s’ériger en Résistant à l’oppression.
De là, il peut rejeter l’ensemble des acteurs politiques qui participent au simulacre de notre démocratie. Même le Besancenot est ravalé à un médiocre pantin d’un groupuscule qui ne proposerait que la « grisaille soviétique » comme projet de société. Pas assez rouge sang pour le vermeil Coupat, on s’en doute !
Dans cette optique, il semble regretter l’Épuration d’après-guerre, lorsque tout salopard, tout criminel en puissance, toute brute primaire pouvait refroidir son prochain sous couvert de débarrasser le territoire d’une ordure collabo. Ce « gel historique », à l’initiative du Gouvernement provisoire de la République française, serait aujourd’hui victime du réchauffement politique d’un Sarkozy incandescent, laissant ainsi un boulevard idéologique pour les nouveaux Libérateurs. Suit la litanie des affreux à éradiquer : les syndicats à la solde du pouvoir, la fausse opposition politique, les journalistes vendus, la justice dévoyée… L’apocalypse devient urgente !
Face à cette répugnante et profiteuse Sarkocratie, que propose-t-il ? Prolixe sur l’impérieuse nécessité de contrer le joug de ce « Louis Napoléon en version Disney », le Che des caténaires fait du sur-place dès qu’il faut détailler tant les institutions à proposer – à imposer ? – pour éviter l’actuelle escroquerie démocratique, que le programme politique qui pourrait combattre l’apparente « crise économique » qu’il prend soin de mettre entre guillemets pour en contester la réalité originelle – encore un coup monté par les profiteurs capitalistes pour mieux pressurer le pauvre peuple.
Alors Coupat, une vocation de terroriste-résistant bien affûté pour la stigmatisation des ennemis, mais dangereuse baudruche politique sitôt qu’il faudrait gérer le pays ? L’anarcho-autonome ne peut évidemment pas raisonner jusque là, c’est consubstantiellement hors de sa portée.
Sa fumeuse utopie de rassembler en un même combat les « casseurs » de tous horizons, comme une resucée dopée d’un Mai 68 triomphant, n’ouvre sur rien, hors un nouveau chaos, ou plutôt si : sacrifier encore quelques cohortes décérébrées et massacrer quelques boucs émissaires vilipendés. Il se prétend l’ami du peuple ? Hitler, Staline et Mao l’affirmaient aussi. La générosité révolutionnaire a toujours un arrière-goût cadavérique, terreau à entretenir pour se maintenir en place une fois le Grand Soir éloquent devenu sordide petit matin aux affaires.
Sa tambouille argumentative démontre, en filigrane, l’impossible viabilité de ce qui sortirait d’une Révolution sanguinaire, forcément menée par une minorité, « ceux qui se font de la vie une idée moins squelettique » précise-t-il. Que deviendraient-ils, en cas de victoire brutale, sinon une nouvelle caste dirigeante prête à la terreur systématisée contre les responsables désignés devenus, de fait, les opposants au pouvoir nouveau ? Plus de « plébiscite aux apparences démocratiques », mais une direction arrivée aux manettes du pays grâce à la Rue, aux poings et aux coups de lattes d’une minorité agissante…
Fantasme de Coupat, bien sûr, qui n’ouvrirait sur aucune ère bénéfique : évidemment pour tous ceux qui se seraient déclarés contre la violence comme moyen politique (pour parvenir, écrit-il, « au paradigme de l’habiter au prix d’une révolte cruelle mais bouleversante »), mais aussi pour les naïfs qui auraient cru aux louables intentions des meneurs d’une telle insurrection. La seule obsession, très vite, serait de mettre en œuvre toutes les purges nécessaires pour ne surtout pas perdre la tête du pouvoir.
 « Le ramassis d’escrocs, d’imposteurs, d’industriels, de financiers et de filles » [je souligne] sont les cibles désignées. La lecture des Premiers matériaux pour une théorie de la jeune fille par Tiqqun nous éclaire sur la curieuse présence de la gente féminine : il s’agit simplement de baptiser ainsi le "citoyen-modèle" tel que la société marchande le redéfinit à partir de la Première guerre mondiale, en réponse "explicite" à la menace révolutionnaire. »
Vite ! vite ! filez au pays des Vermeils du Che Coupat où il fait bon égorger sans consommer ! (2009)

Restaurant branché, mais cossu, de Brive-la-Gaillarde. Entrée de gourmandises aux saveurs diverses, tartare d’exception, à la qualité limousine, préparé au couteau pour préserver tout le relief du goût, sorbet au fromage blanc sur vrai coulis de fruits rouges et saupoudré de brownies maison.
Ouvert depuis quinze ans, ses parties planes (murs, boiseries, plafonds) se couvrent de notations laudatives de gens célèbres, notoires ou reconnus localement. La foire aux livres et les dîners d’après-spectacle ont assuré à l’antre joyeux des signatures de vip : de Daniel Prévost à Wolinski, de Pierre Vassiliu au regretté critique gastronomique Petitjean. Le feutre de B.-H. Lévy s’est contenté d’un « je m’est bien régaler » avec cette trouvaille si philosophique de fautes à la Omar. Quel effort ! (2006)

La France hoquette en attendant que les réformes fassent effet. Oui, c’est vrai, le seriné couplet sur le pouvoir d’achat en berne entretient la grogne ambiante, permettant à chacun de reporter ses propres échecs, ses renoncements ou ses incapacités sur le commode État-portefaix. Ça manifestouille, moui, pour que l’exécutif renonce à ses initiatives, mais sans rien proposer de viable. A moins que la bouille révolutionnaire et anticapitaliste du Besancenot nous délivre une solution miracle. Allez ! Chiche ! Laissons-lui le Pouvoir cinq ans, rien que pour voir… et avoir la confirmation de l’inanité de ses slogans. Son incapacité à former un mouvement qui agrège les composantes de l’extrême gauche rend dubitatif sur ses aptitudes à la gestion déménageante du pays. Qu’il engraisse à son rythme urticant, mais sans jamais déranger les penchants d’une France qui ronchonne. (2008)

 Le gaullisme, même imparfaitement incarné, est de retour à la tête des institutions. Jacques Chirac proposait la France pour tous, il vient d'avoir l’Elysée pour lui. L'acharnement a payé. Reconnu par ses proches comme un homme délicieux, d'une gentillesse authentique, son bonheur d'être élu aurait presque réjoui ses adversaires. Du haut de ses 1,89 mètre il n'hésite pas à grimper sur une chaise, à la fenêtre de son immeuble de campagne avenue d'Iéna, pour saluer le bon pôple en liesse. (Mai 1995)

Bravo au président Jacques Chirac d'avoir emmerdé tous les gesticulateurs écologiques et décidé la reprise des essais nucléaires. Toutes ces nations, l'Australie en tête de proue, qui fustigent notre pays ne se remuent pas beaucoup dans le règlement des conflits internationaux. (Août 1995)

Le septennat des gourdes, voilà ce que laisse préfigurer l'arrivée de Chirac à l'Élysée. (Décembre 1995)

Chirac a bien fait son numéro au G8. Boudé par le court-sur-pattes Poutine qui reproche à la France d’avoir saisi pour un créancier suisse l’imposant voilier russe venu parader à Brest, notre échalas élyséen a renoué un début de lien par quelques pirouettes linguistiques dignes du vénéré Almanach Vermot. « Si avant nous n’avions pas de show – allusion au côté un peu paillettes du G8 – nous avions en revanche du froid, à l’époque du rideau de fer. » Quel beauf formidable, joyeux et bourré d’esprit, il fait ce président pour rire... (2000)

Attaqué de toutes parts via le pouvoir judiciaire, Chirac n’a pas hésité, au nom de la sacro-sainte raison d’État, à se rendre aux funérailles du criminel-dirigeant de Syrie... tout cela parce que ce pays serait incontournable... Avec ces raisonnements on ridiculise l’embryonnaire justice pénale internationale qui devient de pure convenance... avec ses méchants et toute la clique des intouchables. La justice pour l’exemple ne vaut pas mieux que les exécutions sommaires. Le droit international n’étant pas le même pour tous, Milosevic, probable sanguinaire et tout coupable qu’il soit, a eu raison de ne pas reconnaître la légalité du tpi. (2001)

Notre Président s’énerve contre le petit sur actif qui lui fait de l’ombre. Voilà qu’il tombe dans le rappel proclamé de sa fonction, comme s’il doutait de son autorité et de sa légitimité, un peu comme l’avait fait Fabius, lors d’un débat : son contradicteur, un certain Jacques Chirac, l’avait efficacement remis à sa place avec un rapprochement animalier de bon aloi.
Au petit « roquet » Premier ministre succède l’autruche présidentielle. Bien cachée dans son sable élyséen, elle ne tolère aucun affront, aucune remise en cause de sa superbe avec ses gourdes, ses ratages et ses écarts lexicaux. La girafe campée par Anouilh pour représenter de Gaulle avait tout de même plus de majesté que son pseudo rejeton spirituel et le rpf davantage de crédibilité que la cathédralesque ump dont on ne perçoit plus que les ruines prématurées. (2004)

Refus du traité constitutionnel, rejet de la candidature française pour les J.O. 2012, sa fin de second mandat ne lui aura épargné aucune catastrophe. De Gaulle, l’homme qui a dit Non, Chirac, l’homme auquel on a dit Non. (2005)

Quelle cohérence dans le passage prédémentiel de l’exécuteur en chef de notre Constitution ? Sa dernière trouvaille institutionnelle, après la dissolution suicidaire de 1997 : la promulgation fantôme ! Pour tenter la conciliation suprême des belliqueux de tous bords et ne pas s’écarter de son rôle premier en matière législative, il exécute tortueusement son devoir, botte l’arrière train de son fidèle de Villepin et gratifie l’opportuniste Sarkozy d’une reprise cautionnée d’initiative.
Mitterrand, l’histrion du faux attentat, déblatérait sur Le Coup d’État permanent du chef historique de la France libre ; la première décennie du siècle se sera avachie dans les à-coups du fat déprimant. (2006)

Hier, en achetant une carte postale, je tombe sur le portrait en gros plan du désormais ancien président de la République surmonté d’un titre que l’on attendait « M. Chirac entendu par un juge ». Je n’ai pu résister à l’achat du Monde. Ligne de défense classique : des pratiques dans un contexte législatif inexistant puis incomplet jusqu’en 1995, une nécessité de trouver des moyens de financement pour faire fonctionner la démocratie, aucun enrichissement personnel.
Alain Juppé ayant été condamné pour une des affaires visant aussi Chirac, il serait inique que son supérieur d’alors ne prenne pas au moins l’équivalent. Voyons ce que la Justice a dans le falzar ! (Juillet 2007)

Les Mémoires de Jacques Chirac, Chaque pas doit être un but, laisse découvrir la complexité de l’homme politique. Celui qui faisait figure de godelureau d’État livre la genèse de son accession à la responsabilité suprême.
Chirac se livre au soir de son frénétique parcours. Première révélation pour moi : sa participation à la guerre d’Algérie pendant quatorze mois et son indignation du lâchage des harkis après la signature des accords d’Evian. Un sacrifice des frères d’armes que l’officier Chirac n’a toujours pas digéré : une déchirure encore vivace dans son gaullisme. Comment ne pas comprendre sa position partagée entre un anticolonialisme viscéral et une proximité d’avec ceux des Algériens qui avaient choisi de rester fidèles à la nation française.
Autre contradiction apparente, Chirac est en même temps celui qui a signé l’appel de Stockholm invitant à éradiquer l’arme atomique et l’Hiro-Chirac qui reprendra, envers et contre la tendance mondiale, les essais nucléaires pour pérenniser notre politique de dissuasion. Une capacité à intégrer les intérêts supérieurs de l’État qu’on dirige sans renier ses aspirations premières. (2009)
Voir aussi : Campagnes présidentielles ; Clearstream (Conte de) ; Conflit israélo-palestinien ; Déficit budgétaire ; Dernière année ; De Villepin (Dominique) ; Irak (Guerre en) ; Jospin (Lionel) ; Mes chers amis (de P. Botton) ; Mœurs politiques ; Peuple est con (Le) ; Puissance française ; Quinquennat ; Rotman (Patrick) ; Sale con de l’agriculture (Le) ; Sarkozy (Nicolas) ; Sauce gauloise ; Trognes (Vieilles) ; Turquie ; Union européenne ; Zygomatiques (Tension des).

La France est rongée par le chômage. Le mois dernier, nous avons passé pour près de dix mille francs d'offres d'emploi dans plusieurs journaux : peu, voire pas de réponse. Avec leurs garanties sociales extravagantes, les socialistes ont fait du pays un nid d'assistés qui n'ont nulle envie de retrousser leurs manches. (1992)

Réflexion d’un chômeur occupant une antenne ASSEDIC : « Nous, on est le peuple, on n’a pas besoin du gouvernement, il est minoritaire ! » Le réveil de cette frange de la population pourrait-il préfigurer une éventuelle explosion sociale ? Trois millions de personnes n’ayant plus rien à perdre... Le désespoir peut entraîner très loin... (1998)

Opuscule d'une vingtaine de pages sur papier quasi glacé et avec photos noir et blanc. Parmi les sujets du numéro de l’automne 1989, une église moderne conçue par Jean Cosse pour la ville de Dongelberg en Belgique. La seule « restriction d'enthousiasme » : « les verrières d'en haut » proprement hideuses, reformulons-le plus nettement. Le langage est châtié comme il faut : « Nous pouvons dire que l'église de Dongelberg exprime, avec une étonnante clarté, tout l'essentiel de la Foi ecclésiale ».
Et puis, un grave problème de notre fin de siècle : la sonorisation des églises. Tant que la messe se disait en latin, « il ne s'agissait pas de comprendre les mots ». En revanche, avec une messe en français, les sourdingues ont « une rupture, mortelle pour la prière individuelle ». Il est donc nécessaire qu'interviennent des acousticiens. (1992)

Ch’tis de Boon
La fraîcheur de ce film, même s’il puise la mécanique de quelques quiproquos langagiers dans l’efficace Dîner de con, réconcilie avec un populaire chaleureux, bon enfant, bourvilien. (2008)

Si les vapeurs hivernales transissent le pays, mon fignard exhale lui un 37°2 du tonnerre. Beineix peut aller crever dans son caniveau. (1990)

Nouvelle manif des citoyens en herbe, nouveau moyen pour certains de se dispenser de cours, et le sempiternel scénario éculé du rebelle de pacotille contre le flic matraqueur. Je me lasse de cette civilisation attardée.
Je retourne au délire mallarméen et à son tædium vitae. (1998)

Je rejoins sans hésitation la position de Nicolas Hulot qui trouve bien plus de sagesse et de maturité humaine chez les peuples semi-nomades de Sibérie, en symbiose intelligente avec cet infini blanc, glacé, hostile, mais essentiel à leur philosophie respectueuse de la nature. Quel cirque lamentable que nos bouchons urbains au regard de ce vrai rythme existentiel. Et toute cette agitation pour accumuler des biens superflus. Etre prêt à risquer la vie d’autrui pour combler ses envies accessoires : pathétisme effrayant de notre civilisation. (2002)

Elle se confesse sur TF1. Conception très saine de son métier, de la femme et des relations humaines. Droite, logique dans sa tête, une femme rare. (1992)

Une bien morose fête du travail pour le Premier ministre. La campagne de presse qui se déchaîne contre lui dans cette affaire corbeautée lui laisse une terne alternative : admettre et se démettre en forme de Waterloo personnel, ou nier et s’accrocher dans la minable tradition des bigorneaux politiques.
Curieusement, le gros des éditorialistes limite sa verve à l’échevelé dépité sans redoubler la charge contre son chef Chirac qui, selon les déclarations du général Rondot, serait la source du déclenchement de l’enquête dans l’ombre contre le gêneur Sarkozy. Voilà du lourd : la sphère opaque du Renseignement, jusqu’alors évanescence muette pour le commun des mortels, se risque à l’opération Portes ouvertes… aux scandales.
Nombre d’éléments nous échappent, mais la pointe de l’iceberg suffit à révéler la tentative d’éliminer, dès 2004, celui qui se posait en rival bien rasé du vieillissant Chirac. Restent deux questions capitales. Qui est le corbeau ? Qui lui a suggéré l’envoi de cette liste falsifiée ?
La version fade serait un coup des chiraquiens. Beaucoup plus machiavélique, rappelant les arcanes du faux attentat de l’Observatoire contre Mitterrand, serait l’approche du « faites-en sorte qu’il ait l’impression que l’idée vienne de lui » (principe du manipulateur manipulé rappelé dans L’Aile ou la cuisse de Claude Zidi).
Imaginons que le corbeau soit effectivement un sbire chiraquien approché par un occulte sarkozyste non déclaré qui, par talent rhétorique, l’amène à avoir l’idée d’une liste trafiquée en l’élargissant à d’autres personnalités pour qu’elle paraisse plus crédible, moins focalisée. L’objectif des créateurs du corbeau serait de lui faire lancer un appât auquel les Villepin-Chirac, en quête d’une voie pour neutraliser le Sarkozy, pourraient mordre, préparant ainsi, sans s’en douter, leur fatal discrédit. Ajoutons à cette hypothèse quelques autres contacts clandestins pour que la supercherie se révèle au moment opportun : voilà qui relèverait de la magnifique salauderie.
Sans doute un conte pour contempteur du ruisseau bourbeux dans lequel pataugent quelques gouvernants… (2006)

L’ineffable de Villepin s’érige comme le martyre de la République sarkozyenne : ses effets de manche et de mèches risquent de se dégonfler dans l’enceinte austère et technicienne du tribunal correctionnel. Procès politique dénonce-t-il… comme s’il ne pouvait assumer le simple volet judiciaire… Son J’accuse l’acharnement de Sarkozy ressemble davantage à un J’esquive les basses questions qui portent sur le fond de l’affaire. Le grand de Villepin ne peut se courber pour atteindre ce méprisable degré des débats. A hauteur d’homme… surtout lorsque les volutes proviennent d’un enfumage grandiloquent.
Le teigneux petit homme s’est lui efforcé de maintenir son calme lors de son dernier entretien télévisé. Mais, à l’évocation du procès Clearstream, l’avocat de formation et de sa propre cause n’a pu s’empêcher de désigner les accusés comme des « coupables ». Dérapage d’un bouillonnement intérieur, comme un saut à la gorge des ennemis. Son devoir d’être le garant de l’indépendance judiciaire se plie à ses impératifs personnels. (2009)

Offre une diversité incomparable sur vingt-quatre heures, mais affiche un irrésistible penchant pour le temps couvert et les terres trempées. (2010)

Après avoir eu l’histrion devenu président des États-Unis, le père Reagan, nous assistons aujourd’hui au parcours inverse : Bill Clinton achève son mandat avec un petit film d’autodérision où il met en scène son désœuvrement. De la tonte à la machine à laver, le Bill à tout faire confirme ses dons pour le grotesque. Rappelons qu’il s’était essayé à la dramaturgie avec plan fixe lors de l’affaire Lewinsky. Peut-être cela a-t-il constitué le point déclencheur. En route pour une nouvelle carrière Bill, via le cirque Pinder. (2000)
Voir aussi : Conflit israélo-palestinien ; Onze Septembre 2001 ; Tour de cirque.

La secte des Raéliens annonce le premier clonage humain. Nous n’aurons pas à attendre très longtemps pour que la production s’industrialise et que les clones viennent réclamer un droit à la vie comme pour tout être humain, s’insurgeant contre ceux qui veulent interdire cette pratique. Quelques décennies tout au plus. A moins que d’ici là les instances de l’onu aient des pouvoirs effectifs renforcés, avec de vrais moyens, pour éradiquer dans l’œuf ces dérives scientifiques.
Peut-être que le centenaire de la parution du Meilleur des mondes d’Huxley coïncidera alors avec la maîtrise clandestine du clonage reproductif. Une bien terrible façon de donner raison au roman visionnaire du britannique. (2002)

Lewis Wolpert, professeur de biologie appliquée dans une prestigieuse université londonienne, stigmatise comme un argument « de merde » l’étendard de la dignité humaine pour rejeter le clonage reproductif. Voilà des éthiciens qui s’insurgent, à juste titre, contre les thèses racistes qui font primer la génétique sur l’acquis dans la construction d’un individu, mais qui vont hurler au « crime contre l’espèce humaine » dès qu’on ose toucher au sacro-saint inné de l’être humain ! Dans un cas l’environnement est considéré comme déterminant, présupposant un génétique secondaire pour la personnalité, dans l’autre cette base du vivant est érigée au-dessus de tout, intouchable sous peine d’atteinte à une dignité humaine à facettes variables. Curieux, non ? (2003)

Exposition Cocteau sur le fil du siècle au centre Pompidou : les multiples angles de sa créativité sont densément dévoilés, au point de négliger les actes opportunistes moins reluisants. Parmi les envois pour l’une de ses œuvres, une enveloppe à l’attention de Léautaud avec un petit ajout manuscrit qui mentionne, en hommage, sa haine de la guerre et son affection pour les animaux. (2003)

Si la politique internationale émoustille les plus endurcis de nos analystes, les affaires intérieures coulent au fil des réformettes, sans de vagues trop faire. Ci-gît la France, en plein redressement national. Ce n'est plus une cohabitation, mais une douce fusion. Si cela peut contribuer à fournir un peu de sérénité salutaire à notre hexagone, encourageons l'insolite union du chenu socialiste et du gaulliste onctueux. (1994)

Il a conservé intacte sa réactivité. Dans le Droit d’inventaire : Mai 68, il n’hésite pas à gratifier d’« ordure » feu Georges Marchais qui l’avait stigmatisé dans une chronique parue dans L’Humanité et empreinte d’antisémitisme en filigrane. (2008)
Voir aussi : Bayrou (François) ; cqfd ; Majorité plurielle (La).

De tels créateurs d’enivrement musical réconcilieraient le plus coriace misanthrope avec l’humanité. Cela élève, inspire, transcende. Ils parviennent à une espèce d’état de tension semi dramatique qui glisse avec retenue vers l’éclatement. Chapeau à ces Anglais ! Un bonheur qui illumine : le talent artistique. (2002)
Voir aussi : Londres (Attentats de) ; Viva la Vida (album de Coldplay).

Lancement du LHC (Large Hadron Collider) : l’étude de collisions à la puissance astronomique dans l’infiniment petit pourrait ouvrir quelques portes de connaissances et de compréhension pour l’antimatière, les bosons de Higgs, l’énergie sombre et les particules primordiales. Métaphore d’un physicien pour expliquer l’objectif de concentration d’énergie : l’équivalent de celle d’un groupe de quatorze moustiques dans un espace « mille milliards de fois plus petit qu’un diptère ». Cette quête des premiers instants de l’univers fascine et devrait éloigner un peu plus des arriérations religieuses, même si certains ont surnommé le boson la « particule divine ». (2008)

Résidant à deux pas du bureau de vote sis dans une jolie petite école primaire classée, aux pierres de taille apaisantes, j’ai participé au dépouillement et fleuré, dès la première centaine de bulletins, la performance de notre maire sortant. J’ai alors profondément ressenti que mon exil volontaire des terres picardes avait laissé toute sa place à un serein ancrage lyonnais. Notre élu Collomb m’offrira de belles balades des bords du Rhône aux futurs bords de Saône sur un vélo’v confortable. Je lui souhaite le plus constructif des mandats. (2008)

Hier soir, peu avant vingt heures, une information de poids délivrée par l’agence AFP : l’homme le plus recherché de France depuis quatre ans, « l’assassin présumé » du préfet Érignac, vient d’être arrêté. Les gendarmes du RAID ont cueilli Yvan Colonna dans une bergerie isolée de Haute Corse. Le duo Sarkozy-Raffarin ne pouvait rêver à meilleur soutien de leur politique en Corse. Les citoyens de l’île émergeront peut-être du miasme ambiant pour apporter un « oui » net au référendum de ce week-end. La coïncidence arrestation-référendum a fait siffler les oreilles de Mamère qui ne croit pas au hasard. N’empêche, le seul fait de sa capture mérite un coup de chapeau. La concession accordée aux nationalistes par le nouveau statut territorial proposé méritait bien d’obtenir la fin d’une cavale prolongée à la barbe de la République. (2003)
Voir aussi : Nationalisme corse.

En cours de lecture du Film pornographique le moins cher du monde de Fred Romano. Dernier amour de Coluche, elle signe là un témoignage au scalpel du clown et de son univers. Terrible contraste lorsque l’on songe qu’il était sans doute, à son apogée, l’un des dix Français les plus influents. (2000)

L’un de ses pires moments : l’émission Droit de réponse qui lui était consacrée non pour un hommage, mais pour affronter des adversaires de toujours et des détracteurs d’un jour. Coups dans la tronche et le cœur qui s’assimileront difficilement. Cela se produisait quelques temps après sa candidature avortée aux présidentielles de 1981. (2008)

Si attachante galerie : ceux qui ont distrait mes sombres années tiraillées. Leurs films me dispensaient d’une quelconque prise de psychotropes : de 90 à 120 minutes de baume dopant suffisaient pour se colleter aux tracas quotidiens et aux trognes persistantes. L’implacable bonhomie de Blier, l’indomptable furie de Louis de Funès, les envolées foudroyantes de Francis Blanche, la frénésie inventive de Darry Cowl, la victimisation rigolarde de Carmet, les bougonnements ravageurs de Jean Yann, les sursauts pétaradants de Prévost, la maximalisation géniale du pince-sans-rire Poiret et son ange déconneur, l’ami Serrault... (2007)

Le dégingandé filiforme du Grand Blond tient aujourd’hui du bedonnant rêveur. Il fait partie des plus distrayants dont je ne me lasse pas de revoir les films. L’élancé à bouclettes m’a réservé quelques régénératrices parenthèses. Merci à ces saltimbanques que les culs pincés de la toile snobent abusivement. (2007)

J’écris souvent mon Journal au commencement de la journée (il est 0h15) : sans doute pour me sentir vierge de toute influence de celle abordée, ou au contraire pour que la précédente offre sa plus fraîche sédimentation. (2001)

Présence envahissante pour se faire payer de l’indu, absence sidérante lorsqu’ils doivent répondre aux attentes légitimes : comme un air du temps… (2010)

Me voilà, comme un bon chrétien que je ne suis pas, debout, au fond de la jolie petite église de La Boisse, pour la communion d’un proche de ma bb. Bondé, l’antre religieux, estivales les tenues, et une jeune femme à la robe aguicheuse qui lit les paroles d’un apôtre : « la chair s’oppose à l’esprit »... Risible, mais in petto, chut…
Familles, amis, accointances : tous en rangs serrés pour ces petits communiants. Je n’arrive pas à adhérer à ces déclarations. Le contenu du message est-il seulement écouté par les ouailles ou participe-t-il à une habitude sociale, voire à un folklore ? Un suivi unanime à noter : l’ordre de se lever et de s’asseoir.
La métaphore obscène qui justifie le rite : « recevoir le corps de dieu en soi » ! Programme non charnel, bien sûr. Le béni oui-oui excuserait tous les massacres, toutes les dérives passées… La foi au nom d’un postulat de vie supérieure : dieu innocent et les hommes coupables !
Le message prétendu d’amour m’apparaît comme un confort de l’esprit : on peut ainsi tout expliquer, tout justifier, alors que nous ne sommes qu’à l’âge primaire de la compréhension de l’univers infini.
La clochette du prêtre rythme le cirque eucharistique… L’assemblée reprend en chœur et accueille, sans doute, les auteurs de trahisons, de coups fourrés, de médiocrités inavouables, d’excuses vaseuses, etc.
La poussière, nullement divine, recouvrira l’ensemble de ces fariboles d’apparat. Amen ! (2003)

Se promener sur tes finesses galbées, sur ton grain de peau, sur les contours humides de ta vulve frémissante, entourer ton petit clito gonflé, sentir ton petit cul frétiller sous mes à-coups libérateurs. (1996)

Notre ultime réunion charnelle de ce matin fut particulièrement enivrante : galvanisés par l’étreinte matinale et pressés par le temps qui nous manquait. La bonne disposition des cœurs et des corps intensifia l’irrigation de notre imbrication libératrice. (1996)

Vu le premier volet de 1900 à la gloire du communisme via l’Italie : fresque ennuyeuse et à parti-pris caricatural, sortie en 1976 avec toute l’indulgence pour la terreur rouge dans les milieux gauchistes du bloc de l’Ouest. Qu’il aurait fallu leur faire renifler du miséreux russe, de l’intellectuel bulgare traqué, de tous ces peuples spoliés et massacrés par les animateurs de cette idéologie si généreuse. (2003)

Ils ne sont pas à la fête, l'humanité les abandonne peu à peu. Sans inquisition, le ridicule découragera, on l'espère, les plus fraîchement convertis. Quoi qu'il arrive, saluons la solidité de la foi des anciens face aux dizaines de millions de morts induits par leur doctrine. La France restera peut-être comme la réserve naturelle des derniers spécimens, des scrogneugneus irréductibles, témoignages en pied d'une déviance intellectuelle majeure du XXe siècle. (1991)

Compaq préhistorique
Courbé sur un Compaq préhistorique à sortir des contrats de coproduction sur une pas plus fraîche imprimante à picots, la bête se plante. « Error disc 1701 », à peu de choses près, me répète-t-elle sur son écran. J'enrage. Ma soirée de travail bousillée, et demain l'angoisse d'une résurrection improbable. Saleté de monde moderne.
Me voilà revenu à de plus artisanales occupations : barbouiller mon papier à petits carreaux. (1994)

Décevant docu-fiction de Serge Moati sur le passé « vichysso-résistant » de François Mitterrand. Il excuse presque tous ses choix opportunistes et de Gaulle est campé comme un bourru falot. Certaines versions contestées du parcours mitterrandien sont entérinées : les trois évasions, l’existence d’un réseau Morland, la conception précoce de faux papiers, le coup d’éclat salle Wagram… En revanche, rien sur sa participation à Votre beauté, magazine fondé par le cagoulard Schueller… Le Fanfan mité s’en sort donc bien… l’histoire a ses chouchous. (2008)

Matière de châtrés qui me fout les boules, grosses au moins comme celles que trimballe le martyr Tapie en voie de canonisation. (1992)

Hier, 16h44, deux minutes après son décollage, le grand oiseau Concorde s’est écrasé entre deux hôtels à Gonesse, détruisant l’un des deux immeubles et se désintégrant avec tous ses occupants. Cent treize victimes, pour la majorité des Allemands aisés, en retraite, en partance pour New York d’où devait commencer une croisière paradisiaque. Jusqu'à 70 000 francs par tête de pipe déboursés (Concorde plus croisière) pour finir carbonisé. France Info, suivi de tout le branle-bas de combat du Big Média, n’a pas chômé en analyses, recherche de témoignages, hypothèses formulées, glanage d’infos tous azimuts. L’onde de choc a atteint les États-Unis, destination unique des treize (douze maintenant) Concorde répartis entre Air France et British Airways.
L’enfer de Gonesse, de ses habitants, va être démultiplié dans son impact psychologique et tient déjà en un chiffre : quelque cinq cent mille survols annuels d’avions en phase de décollage ou d’atterrissage, c’est-à-dire à faible altitude. (2000)
Voir aussi : Passation de pouvoir.

Se sentir vide de tout, sans ambition, sans penchant à construire, à capitaliser, absorber les instants comme autant d’ajouts superfétatoires plus ou moins jouissifs : ma condition humaine se rabougrit en involution. Le coche loupé, restent les rogatons meublant une suite d’existence ternie. Un petit effort pour y croire encore tout de même… (2001)

Entre catholiques et protestants d’Irlande du Nord la haine semble inextinguible. Une guéguerre de clans religieux, voilà ce qui mine encore aujourd’hui une parcelle du territoire européen. Si seulement la soumission au collectif revanchard pouvait s’estomper au profit d’un humanisme raisonné... Que la route est encore longue pour entrevoir un frémissement de hauteur d’âme. (2002)

La tentative de rapprocher, à Paris, dirigeants israéliens et palestiniens a finalement échoué, au contraire de ce que laissait présager la déclaration un peu hâtive, quoique à une heure avancée de la nuit, du président Chirac qui annonçait « un pas considérable ». Sans doute un coup de fatigue... C’est au tour de Clinton d’envoyer une invitation pour Washington aux deux ennemis. Ce processus de paix a tout d’une grossesse gazeuse avec pets intempestifs et meurtriers. (2000)

Le Secrétaire général de l’onu s’est démené jusqu'à l’absurde pour arracher un accord de principe sur une rencontre, en Egypte, des deux têtes dirigeantes. Une énième réunion de perlimpinpin qui ne calmera pas les peuples, notamment les Palestiniens. De surcroît, Arafat a ouvert son infecte boîte de Pandore : les plus dangereux islamistes, prêts à l’attentat suicide, ont recouvré la liberté. (2000)

Entre la question du caractère infini de l’univers et savoir quand prendra fin le conflit israélo-palestinien, les angoisses métaphysiques s’équivalent. Le Onze Septembre n’y change rien. De l’esprit obtus à la mauvaise foi caractérisée, aucune place pour l’amorce d’un compromis. On ne peut même pas les laisser se foutre sur la tronche, car l’hémorragie belliqueuse risquerait de se répandre à toute la planète. Reste alors, comme pour l’irrésolu infini, à vivre avec, dans une conscience résignée. (2001)

Le gouvernement jusqu’au boutiste d’Israël favorise d’inquiétantes répressions guerrières. Des actes antisémites se multiplient dans le monde. Quand comprendront-ils qu’il faut passer outre les attentats des kamikazes palestiniens et amorcer le retrait des territoires occupés. Seul un acte fort unilatéral peut créer un électrochoc favorable à la reprise des négociations. Depuis trop longtemps règne l’infernale loi du talion avec son sacrifice humain réciproque. Un accord devra, dans un an, dix ans, un siècle, dix siècles, s’imposer.
Malgré les enseignements de l’Histoire, on s’acharne dans ces impasses. Pitrerie que la conscience universelle : les particularismes barbares règnent sans partage. (2002)

La démission du Premier ministre palestinien confirme l’indéboulonnable terreur réciproque comme mode de gestion des désaccords territoriaux. Quand les relations de voisinage s’accordent sur la nécessité du sang de l’autre répandu, aucun fla-fla diplomatique ne peut faire accroire à une parcelle d’espoir : la feuille de déroute s’envole pour l’automnale saison. (2003)

Dégradation de santé d’Ariel Sharon. Cette figure controversée, mais transfigurée dans ses récents choix, est anéantie par ses failles intérieures en plein projet de sortie du conflit. Peut-être une chance de sang vraiment neuf et vierge de toute implication violente pour négocier avec l’interlocuteur fréquentable de l’autorité palestinienne. Peut-être, au contraire, le désastre d’une retombée dans l’incertitude, soupe adorée des extrémistes sanguinaires. Ne restera plus que Shimon Peres comme personnalité politique ayant accompagné toute l’histoire d’Israël, récente mais dense… (2006)

Le Parlement palestinien accueille les membres du Hamas à une majorité absolue. L’imbroglio politique qui s’annonce, tant pour la gestion des affaires intérieures que pour la posture internationale et la coexistence avec Israël, risque de dégénérer en nouvel enlisement. Ce conflit semble sur la bonne voie pour détrôner, dans la longévité, les luttes franco-anglaises des XIVe et XVe siècles ; quoi qu’il arrive, il les a largement dépassées en intensité. (2006)

Me voilà donc revenu au temps de la conquête et de l’éphémère. La séduction doit à nouveau s’exercer tous azimuts, en prenant bien soin de rester sélectif et attentif à ne pas blesser l’autre par mon choix de ne pas m’attacher dans une dualité exclusive. (1999)

La question des médias tient du paradoxe : les mêmes qui, aujourd’hui, suspectent les refrains médiatiques de résulter d’une fumeuse conspiration des puissants (comme si leurs intérêts allaient dans le même sens et qu’une action concertée impliquait les grands médias), auraient hurlé, trente ans plus tôt, à la sous-information, au secret cultivé, à l’indigne dissimulation de faits dramatiques. Finalement, en ligne de mire, toujours l’idée qu’on nous cache quelque chose, mais au silence radio stigmatisé s’est substitué le brouhaha accusé de détourner l’attention, tel un leurre de réalité. (2008)

Ce matin, très curieux demi-sommeil où s’est développée la sensation cauchemardesque de ne pas avoir la faculté de membres déformés, de percevoir les choses plus grandes ou plus éloignées qu’elles ne le sont, phénomènes qui peuplaient les sombres contrées oniriques de mon enfance. Curieux rappel. (2003)

Depuis les bords du Rhône. C’est parti pour un mois dédié à la détente, aux activités non alimentaires et à l’improvisation ludique. Ainsi, aujourd’hui, ne surtout pas prendre la route, ne pas rejoindre l’enrobé des autoroutes, mais goûter à l’enceinte lyonnaise désertée.
Majestueux fleuve qui suit son cours, la passerelle du collège, élégance discrète pour les piétons flâneurs, les monts croix-roussiens qui dessinent une dentelle monumentale sur le ciel lumineux… Tout cela à portée du regard, sans gène de masses humaines qui se bousculent sur le trajet d’un Sud à envahir. (Juillet 2009)

Après avoir défendu, comme candidat, l’abandon de la repentance française à l’égard de ses boulets historiques, Sarkozy serait-il devenu possédé par la contrition. Il propose que chaque élève de CM2 se couvre de l’ombre terrible d’un petit d’homme déporté par les abjects nazis, le plus souvent guidés par les sbires pétainistes.
Sans, bien sûr, remettre en cause la valeur émotionnelle et identificatoire d’un tel embrassement à travers les âges, on peut se risquer à y voir quelques effets contre-productifs. La sordide concurrence des mémoires se durcira, contraignant l’école à charger ses ouailles d’autres ombres enfantines victimes des bourreaux du siècle technico-barbare. (2008)

Si disert lorsque je ne me sens pas impliqué par la relation, qu’elle soit cordiale ou charnelle, je m’angoisse du premier vide dans la conversation lorsque je suis sous le charme de la demoiselle. (1999)

L’action combinée de deux Pineau des Charentes et de quelques verres d’un bon rouge régional, m’a fait dériver vers les zones polémiques. Face à moi, des convives égrènent leurs arguments anti-américains : j’ai graduellement cabré mon propos jusqu’à ne plus pouvoir renouer avec l’agréable convivialité de l’amorce. Il me fallait, par principe buté, tenir le cap que je m’étais assigné. Voilà un vrai défaut de caractère, rogaton d’une adolescence boudeuse.
La quarantaine verbale que je me suis imposée pour le reste de la soirée, ruminant le bon aloi de mes coups d’éclat, s’est prolongée jusqu’au dodo. (2003)

Rien ne me barbe plus que le confort convenu d’une discussion qui se répand en inutiles développements sur l’inépuisable thème de l’automobile : ses anecdotes, les parcours les plus courts, les derniers modèles, les petits ou gros écarts aux règles, l’intolérable présence tatillonne de la force publique, la vie fantasmatique de son pot d’échappement, la beauté des courbes d’une caisse excitante, le dernier cru pétrolifère Esso-la-Pompe, et tout le toutim à quatre roues ! Assez !!! (2004)

Barbara aurait dit à Kate sa préférence pour que je la tutoie, alors que je ne l'ai rencontrée qu'une fois. Nul snobisme dans cette distance verbale, comme pourraient le croire des esprits intoxiqués par le Pote système, mais simple sens de la relation humaine. Si je tutoie la délicieuse Barbara à la deuxième entrevue, je lui demande de me lécher le gourdin à la troisième. La convivialité serait pour le moins complice, au grand effroi de son sympathique compagnon et futur mari. (1991)

Les intégristes islamistes déteignent sur des musulmans lambda qui voudraient imposer le bâillon sur tout sujet frôlant leur religion. Atteinte insupportable à la liberté d’expression. Les émules de la surenchère s’organisent pour provoquer le choc des cultures. Une impasse au goût de tous les excès où s’abreuvent les jusqu’aux boutistes au Coran hérissé. (2006)

Les oiseaux chantonnent de toutes parts autour de moi, des croassements plus lointains me rappellent qu’il faudra trucider quelques corbeaux pour qu’ils nous laissent en paix. (1996)

Curieuse impression à la relecture de la correspondance de Sandre. Plongée dans les déclarations enflammées, les dons de soi, les projets sans limites… Au final une baudruche d’illusions rapidement révélées. (2000)

Départ bruyant du PDG fondateur André Rousselet, quelques mois avant de pouvoir souffler les dix bougies d'une des plus prodigieuses réussites audiovisuelles. Véritable tragédie comico-politico-économico-médiatique, ok ! ok !, le septuagénaire ami de Fanfan n'a pas gobé l'entrée en force de nouveaux actionnaires dans le capital de la chaîne, vieilles souches ennemies, tel France Telecom. Les guignolades ont pour une fois comme scène l'antre sacré et nourricier des turbulents dénonciateurs des tares et méfaits qui prolifèrent. Santé et bienvenus au club ! (1994)

Une première dans mes activités d’enseignement : la belle et longiligne Julie K. (qui a obtenu, après notre travail, un dix-huit sur vingt en commentaire littéraire) s’approche de moi, à mon arrivée, faisant mine de vouloir m’embrasser. Je commence à lui faire signe qu’elle se trompe (cela arrive par enthousiasme et plaisir de revoir quelqu’un) mais elle insiste. Je me laisse donc faire, un peu troublé ma foi pour débuter ce cours.
Passionnant de plonger dans les univers de ces élèves-jeunes femmes, par le biais d’une dualité d’un instant. Sentiment de partager un moment important alors qu’elles oublieront pour la plupart mon nom et mon visage. (2000)

Depuis un banc qui borde l’allée du parc, j’observe le défilé des coureurs, la diversité des souffles, des mouvements, des mines… voilà bien un sport que je ne pratique pas. La course à pied m’emmerde et je ne crois pas à sa vertu physique. Mes quarante minutes de marche quotidienne m’apportent bien plus.
Occasion de quelques portraits. Le bellâtre musculeux vient de passer pour la seconde fois : un physique de membre du gign avec son maillot culotte intégrée, il doit en mettre plein la vue de ses collègues. La femme aux yeux clairs dont la course en solitaire accentue le regard interrogateur. La silhouette parfaite d’une demoiselle qui peut largement se dispenser de ces agitations. La jeunette aux vêtements amples, pantalon synthétique dont les jambes font un son de crissement. La majorité va dans le même sens, comme un parcours obligé, mais quelques récalcitrants retiennent l’inverse pour multiplier les croisements.
A une trentaine de mètres dans deux directions différentes : un écureuil s’adonne au saut de branche en branche, un autre reste aux aguets dans l’herbe. Trois fois pour l’archétype du GIGN ! Tous ces gens qui s’épuisent, ça me provoque un bâillement. Là, à dix mètres, un écureuil réactif à la moindre secousse suspecte. Le p’tit gars, plus tout jeune, nageant dans un tee-shirt trop large et trop long, poursuit son effort avec un rictus prononcé. La jeune fille avec ustensiles pro au côté (petite gourde, pochon de sucreries, etc.) qui maintiennent son rythme comme un bien précieux. Et de quatre pour le commando gendarme en solitaire… Le style inverse : deux braves dames qui devraient mieux marcher tant la lenteur et la modestie des pas laissent supposer l’incapacité pédestre. Que tout ce beau monde s’exténue, moi je me détends. (2005)

Démonstration d’une cohorte de petits vieux prématurés qui défilent pour l’emploi à vie. Non contents d’occulter les réalités économiques, ils pratiquent l’intimidation pour ceux qui veulent suivre leurs cours et qui ne partagent peut-être pas leurs analyses. Invocations aux cieux d’une économie florissante pour un plein emploi… et interdiction au gouvernement de toute initiative.
Cette ribambelle d’étudiants risque d’avoir raison du Contrat Première Embauche, outil de plus à la trappe, histoire de s’enfoncer un peu plus dans le bourbier. (2006)

L’exécutif subit l’effet du grondement social. Tenir et s’ouvrir, le fil du pouvoir exige le pire pour de Villepin : se renier par le truchement de manifestants toujours minoritaires, mais qui tonnent le gong médiatique. La France se cloître dans de suicidaires certitudes. Ainsi croire que le bon État providence doit financer sans fin pour contrer les odieux entrepreneurs arqués, chevillés, empalés sur l’appel du pire : le dévoiement systématique des outils sociaux proposés. Le CPE aurait comme seule raison d’être l’irrésistible congédiement du malheureux, de l’esclavagivisé salarié dans les 730 jours suivant son embauche. Certitude assénée par les Croisés Pour l’Enlisement : le pauvre gueux qui traîne, exploité a priori, formé accessoirement, est toujours la victime d’une salauderie patronale.
Les archaïques s’ébrouent et empuantissent notre air ! (2006)

Aspiration de certains manifestants : le fonctionnariat, une stabilité ouatée par la ceinture, les bretelles et le parachute, le tout sur un matelas de têtes capitalistes fraîchement tranchées… (2006)

J’ai été un fervent, un passionné défenseur du traité constitutionnel mort-né, au point de me brouiller avec quelque affection passée, mais j’ai toujours dénoncé l’incohérence du processus imaginé par des dirigeants trop sûrs du fait européen : faire entrer douze pays avant d’avoir modifié les institutions pour les adapter à l’UE élargie. Cette inconséquente charrue avant les bœufs a gâché quelques années d’efficacité suite au choix souverain d’un référendum mué en échec plébiscitaire. Premier acte d’une gabegie orchestrée pour le néant : les élections européennes de juin dernier ont confirmé l’impossible adhésion des peuples pour les partis qui avaient défendu le rejet du traité. Cqfd, il suffisait d’attendre… L’image d’un José Bové phagocyté par le truculent Cohn-Bendit parachève la démonstration d’une position opportuniste en lieu et place d’un réel projet applicable des Nonistes. (2009)

Un Airbus A320 s’explose sur des sommets français. Quatre heures pour localiser la catastrophe dans un pays comme la France. Insensé ! Des gens encore vivants sont restés tout ce temps par un froid de moins quatorze degrés. Qu'aurait coûté le fait de mettre une balise à la queue de l'avion (partie qui a le plus de chance d'être intacte, c'est là où se trouvaient les rescapés) en plus d'une à la tête ? (1992)

Très mignonne, sorte de poupée pulpeuse avec les formes bien placées, elle m'a toujours fasciné. Ce genre de créature qui épuise sa fraîcheur dans les soirées, cumule (peut-être) les petits copains et momifie son désenchantement par une désinvolture affichée. Pêcheuse d'instants plaisants, tout en menant brillamment ses études, elle semblait jouer de sa plastique pour multiplier les relations.
Je me souviens, l'année de la terminale, alors que je faisais un bout de chemin avec elle, lui avoir demandé ce qu'elle me répondrait si je lui proposais d'être ma petite amie. Visiblement gênée, elle me déclara ne pas savoir, d'une voix hésitante. Fin comme un troupeau de pachydermes, je partis d'un grand éclat de rire. Le charme (hypothétique de son côté) disparut aussitôt. (1992)

Dîner à quatre. Occasion de renforcer la complicité et de découvrir l’autre, notamment cette chère Aline dont j’ignorais des pans entiers d’existence. Née au Maroc, ses parents ne sont retournés dans l’hexagone que pour lui permettre de préparer son bac, à 17 ans : un déracinement presque traumatisant, pour elle, de se retrouver dans la ville nouvelle de Cergy Saint-Christophe, une grisaille de la banlieue parisienne. Cela explique, au-delà des jalousies qu’elle pouvait engendrer chez d’autres filles de la classe, sa mise à l’écart par une partie du groupe scolaire. Un peu en marge, comme moi finalement, même si les causes divergent totalement et si la gestion de ce retrait a différé.
Regret de mon attitude involontaire lorsqu’elle me confirme son impression d’alors : elle était persuadée que je la méprisais. Que d’occasions, de complicité perdues par ces non-dits, moi qui croyais, au contraire, ennuyer les autres par un rapprochement inopportun.
Cette quarantaine volontaire m’a occulté d’attachantes personnalités au point de n’en retenir, bien plus tard, que d’inexactes déductions. Un mea culpa littéraire minimum pour rétablir l’image de cette brillante jeune femme avec qui j’ai partagé, de plus loin que je l’aurais souhaité, les bancs et sièges des années bac et fac. (2003)

Entre chien et loup la masse céleste rechigne à se transmuer en firmament, s'étirant vers l'horizon en de rosés pastels, le tout coiffé par quelques stratus vagabonds. (1994)

Le gros soleil oranger vient de pénétrer l'horizon sans bruit faire... L'instant du crépuscule, comme celui de l'aube, incite au recueillement. (1994)

Mitterrand son quatre heures et sa Cresson toujours vivants, aux dernières nouvelles. (Novembre 1991)
Voir aussi : Baudruche politique ; Écologie politique.

Je ne m’attache pas au hasard : Élo s’est confirmée aujourd’hui, par l’écrit, comme un être de qualité. A 19 ans, elle tient un journal d’humeurs et de faits, et m’a accordé la découverte de quelques passages, dont un portrait psychologique de moi. Impressionnante justesse de l’analyse – je suis comparé à du cristal. (2001)

Un tremblement de terre a secoué le sud de l’Iran, vers Bam. Le premier bilan avancé, dix mille morts, s’enfle au double ce matin dans Ouest France. Je songe à tous ces religieux qui continuent de croire à une intelligence divine. Pourquoi avoir frappé ce coin pauvre, chargé de trésors archéologiques désormais réduits en poussières ? Les infidèles ont eux repris deux fois de la dinde !
C’est la position du laisser-faire rétorquent les croyants : l’être humain est responsable de sa destinée (et du jeu mortifère des plaques terrestres bien sûr !). Il est vrai que la cause de l’hécatombe se trouve non dans l’agitation du sol, mais dans le type d’habitations édifiées. N’avaient qu’à se payer des demeures à fondement antisismique ou vivre dans des cahutes légères qui ne tuent pas en s’écroulant ! Arguments pas plus cyniques que ceux des monomaniaques de la foi. Si, effectivement, ce dieu n’a de sens que pour laisser l’homme se dépatouiller tout seul, aucune raison ne justifie de croire en lui, si ce n’est la perte de temps pour vivre plus densément le temps imparti. (2003)

En 1959, Jean Fourastié sortait un Pourquoi travaillons-nous ? dans lequel il traite de la réalité d’une nature hostile. L’intervention de l’homme sur les plantes s’avère indispensable à sa survie. Ainsi le blé, tel qu’il est, ne résisterait pas plus de vingt-cinq ans sans l’attention agricole. Les croisements entre espèces se confondent presque, dans l’ancienneté, avec l’histoire de l’humanité. (2003)

Mon destin et toutes ses fioritures font leurs petites traînées sans grande saillance. Le temps s'échappe comme un rail de poudre en combustion sans que je parvienne à maîtriser mes actions. L'énorme gâchis que j'ai provoqué ne se rattrapera jamais. Dans l'ombre, avec humilité, me battre contre mes penchants fondamentaux et travailler : telles sont les croix à porter. (1993)

Le gratin judiciaire monte sur ses ergots jugeant que l’ouaille Burgaud a été mal traitée par nos parlementaires. Le magistrat instructeur a justifié une bonne part de ses inconséquences professionnelles par sa scabreuse conviction « d’indices graves et concordants », selon la formule consacrée devenue légitimation automatique de ses monomanies ; le Conseil supérieur de la magistrature met lui en devanture la sacro-sainte séparation des pouvoirs, quitte à crotter l’esprit de Montesquieu.
Vieille dérive pavlovienne des détenteurs de notre liberté : lorsqu’un membre de leur corps s’illustre par l’exercice aberré de ses responsabilités, on le mute avec une ‘tite promotion d’usage. Pour noyer le poisson : le prendre à revers de toute logique élémentaire. Pour les pires, le csm daigne s’occuper de leur cas, mais en veillant à ce qu’aucun autre corps constitué n’empiète sur ses pouvoirs. Voilà un cloisonnement qui sert la maison Justice puisqu’elle juge elle-même ses brebis dévoyées.
L’administration, jusqu’à la fin du XIXe siècle, a également bénéficié du délire révolutionnaire en jugeant elle-même ses différends avec les administrés. Cela a fini par choquer et nous avons établi une indépendance de jugement avec les juridictions administratives. Le temps de la séparation institutionnelle de ceux qui sanctionnent des magistrats fautifs n’est-il pas arrivé ? (2006)

Serge Moati avoue son étonnement et sa déception lorsque l’ouvrage de Pierre Péan pointa les zones d’ombre de François Mitterrand, notamment son passé vichyssois.
Le magazine Le Crapouillot, certes classé à l’extrême droite, avait consacré plusieurs numéros à ce thème, et le premier dès 1972 ! J’ai en possession ceux de 1984, 1988 et 1990. Comment un esprit fureteur comme celui de Moati n’a-t-il pu découvrir avant ces révélations ? Moi, simple adolescent, j’en savais donc bien plus que nombre des proches du président…
En fait, chacun refuse, à un instant donné, ce qu’il perçoit comme des sources infréquentables… (2008)

Focalisé comme un cyclope égocentrique sur la décadence de mon feu micro-empire, j'ai délaissé les drames nationaux et internationaux du moment.
C'est dans l'enceinte de la cathédralesque Sainte-Geneviève, bibliothèque de son état, stationnant verticalement dans l'attente d'un fauteuil de bois, que j'm'en vas fouiner les tourments qui crispent de tous bords cette année naissante. (1994)

Je traverse toujours des phases de morosité sans cause déterminée. Le vague à l’âme ternit des moments d’existence et tout ce qui m’entoure perd sa saveur habituelle. (2003)

Nuit dernière passée avec E. qui a finalement cédé à ma gourmandise, malgré mes mises en garde sur la teneur éphémère de notre relation. L’abstinence prolongée a, sans doute, démultiplié son désir. Très appétissante dans ses formes, elle n’a toutefois pas déclenché ce summum de frissons qui accompagne les vraies inclinations. Un gentillet partage sexuel que la préalable conquête dépassait presque en densité excitante. En finissant cette phrase, je m’aperçois du cynisme de mes propos. Suis-je si désespéré que plus rien de ce qui m’est accessible (j’idéalise toujours les silhouettes non abordées) ne peut me combler ? Sage lucidité ou extinction de toute humanité ? (2000)

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